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ARCHITECTURE ALPINE

Text: Susanna Koeberle

Turnhalle Vrin. Foto: Ralph Feiner

Une nature intacte, un panorama majestueux, une lumière à nulle autre pareille, des personnages mythiques de contes et légendes: l’homme a toujours été fasciné par la montagne, qui suscite chez les citadins stressés que nous sommes la nostalgie du silence et de l’idylle. Très tôt aussi, le paysage montagneux a attiré les chercheurs, avides d’étudier l’exceptionnelle faune et flore qu’elle abritait. La montagne a aussi servi de lieu de repos aux personnes ayant des problèmes de santé. Mais un autre pan des Alpes allait bientôt voir aussi le jour: la montagne comme destination sportive. Les anglais ont été parmi les premiers touristes à les investir, au milieu du 19e siècle. En cette ère du renouveau, l’émergence des liaisons ferroviaires a su faciliter l’accès aux zones reculées. Les hôtels construits pour les touristes s’inscrivaient alors dans un nouveau type d’architecture.

Les imposants édifices hôteliers de cette époque sont en partie encore debout aujourd’hui. Hélas, au fur et à mesure que s’installait le tourisme de montagne, de plus en plus de résidences de vacances sont aussi sorties de terre, avec bien moins d’égards pour la beauté du paysage. Néanmoins au cours des 30 dernières années, un rapport plus subtil à la substance bâtie est né chez les architectes locaux, lequel recherchait le dialogue avec l’existant, au lieu de jouer sur les contrastes ou l’imitation servile du style chalet.

Le «régionalisme critique», tel était le mot d’ordre qui a imprégné un nouveau discours architectural dans les années 80. Le style architectural de l’architecte grison et lauréat du prix Pritzker Peter Zumthor illustre bien cette approche différente. Ses Thermes de Vals, si souvent cités, montrent de façon impressionnante combien une architecture de qualité peut devenir un «aimant à touristes», même si les évolutions récentes ont une nouvelle fois plutôt dévoilé le revers de la médaille de la construction touristique dans les Alpes.

De tout temps, la montagne a aussi exercé une fascination en tant qu’espace naturel, dont bien des gens veulent profiter sans superstructures luxueuses. La transformation de l’ancien hospice du Saint-Gothard par le bureau d’architecte bâlois Miller & Maranta fait partie des constructions alpines qui incarnent un tourisme proche de la nature.

Galerie de photos de l'hospice du Saint-Gothard

Ceci dit, il y avait bien déjà une population qui vivait dans la région alpine avant que n’arrivent les touristes. Or le dépeuplement de nombreuses régions de montagne représente un vrai défi. Bien souvent, les infrastructures nécessaires à la survie financière des agriculteurs locaux manquent à l’appel. Dans son village natal de Vrin dans le canton des Grisons, l’architecte Gion A. Caminada (professeur à l’EPF de Zurich depuis 2008) a concrétisé une approche qui fait figure d’exemple. En substance, il s’agissait de mener une réflexion plus approfondie sur l’existant, et aussi de redécouvrir la beauté des lieux – et non de chercher à réinventer et à obtenir une densité d’utilisation maximale. Si un tel projet fait hélas toujours figure d’exception, il est un exemple incontestable de la contribution féconde que peut apporter l’architecture à un lieu.

Il en est un qui sait ce que cela signifie de mettre en œuvre une architecture de qualité à la montagne, c’est le jeune architecte grison Men Duri Arquint. Il a déjà construit quelques maisons dans les montagnes. «Je m’en tiens au travail d’Adolf Loos « Règles pour celui qui construit dans les montagnes », cette position reflète parfaitement l’exercice d’équilibriste entre conserver et rénover auquel on doit se prêter», explique-t-il en entretien. Une maison située à Maloja au cœur de la nature témoigne de façon exemplaire de cette approche différenciée. Pour l’architecte, la gestion raisonnée de l’existant et du paysage est un enjeu central, qui est justement très joliment mis en valeur dans ce projet. La construction traditionnelle a déjà subi une transformation dans les années 60. Il s’agissait d’une part de remettre à jour l’existant, et d’autre part de poursuivre la construction de façon appropriée. Cette formule, qui traduit une culture du bâti respectant aussi bien le paysage alpin que les connaissances séculaires de la construction locale, permet ainsi de poser dessus un nouveau regard.

Photos de l'architecture alpine

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